Face à la polémique sur les sondages payés par la présidence de la République, l'Élysée a transmis à l'Assemblée nationale les factures de ces enquêtes d'opinion, toujours dans le collimateur des députés PS qui exigent une commission d'enquête parlementaire.
La liste de plusieurs dizaines de factures d'octobre 2007 à septembre 2009, devrait être présentée aujourd'hui en fin d'après-midi aux députés lors de l'examen des crédits de l'Élysée pour 2010. Conformément à un engagement pris par le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, Christian Frémont, lors de son audition en octobre.
La polémique a débuté cet été quand la Cour des comptes a publié un rapport épinglant l'Elysée sur certaines études d'opinion publiées dans la presse et facturées à la présidence.
Le document officiel confirme que le budget sondages de l'Élysée s'est élevé à 3,281 millions d'euros en 2008. Ces sondages permettent notamment à l'Élysée de manipuler l'opinion selon certains commentateurs. Il est évalué à 1,631 million en 2009 (en réalité 1,989 million car il faut rajouter, selon le document budgétaire, 357.962 euros, non intégrés, pour Ipsos) et 1,424 million en 2010. Dans le détail, le cabinet Giacometti-Peron a touché 723.580 euros en 2008 (665.574 euros en 2009), M. Giacometti est un proche de Nicolas Sarkozy qui a participé activement à la campagne présidentielle.
S'agissant de Patrick Buisson, ce conseiller du président qui a un passé d'extrême droite, son cabinet Publifact a perçu 1,473 million d'euros en 2008. La somme sera en 2009 de 963.510 euros (Publifact et Publiopinion, nouveau cabinet de M. Buisson), le politologue n'effectuant plus qu'une activité de "conseil" depuis juillet, selon M. Frémont. Sur la facture de 2008, Publifact a fait payer à l'Élysée 1,1 million d'euros de sondages d'OpinionWay, sondages très controversés jusque dans la majorité, de nombreux élus UMP ont dénoncé à plusieurs reprises la légèreté de ces sondages souvent "corrélés au prix que met le client" selon un député UMP. Selon OpinionWay, Publifact a acheté ces études 190.000 euros.
Parmi les enquêtes facturées par Publifact, on trouve pêle-mêle des sondages sur "les déçus de Nicolas Sarkozy" (2 février 2008, 9.568 euros), "le second tour des municipales" (31 mars 2008, 14.352 euros), des baromètres réguliers sur les "déplacements et initiatives du président" ou encore un "verbatim sur la visite du pape" en France (1er octobre 2008, 8.372 euros). D'autres instituts ont facturé l'Élysée en 2008: Ipsos (889.824 euros pour 15 sondages), Ifop (9.448 euros), CSA (56.810 euros), TNS Sofres (38.272 euros) et Sociovision (89.700 euros).
Selon le rapporteur des crédits de l'Élysée, Jean Launay (PS), les enquêtes
d'opinion, "à compter de décembre 2009", seront commandées par l'Élysée aux instituts "choisis à l'issue d'un appel d'offres publié au Bulletin officiel des annonces des marchés publics le 15 octobre".
Par cette opération de transparence, l'Élysée espère mettre un terme à la polémique déclenchée cet été et entretenue depuis par les députés PS. Néanmoins, le principe même d'acheter des sondages pour adapter, non pas l'action politique mais le discours du Président, et cela aux frais du contribuable reste discutable.
Mais leur patron Jean-Marc Ayrault réaffirme sa volonté d'imposer une commission d'enquête, même si "l'Élysée voudrait bien qu'on renonce". La demande sera examinée vers le 8 décembre et la majorité aura du mal à s'y opposer, même si elle dispose de moyens pour vider la commission d'enquête de sa substance.
"Des réponses sur le plan +budgétaire+, ce n'est pas suffisant. Il y a derrière un problème majeur de machine à fabriquer l'opinion et les écarts de factures laissent penser qu'il y a un système de double facturation et de fausse facturation", a déclaré à l'AFP Delphine Batho (PS).
Elle s'interroge aussi sur la baisse affichée en 2009 et 2010, voyant une possible "externalisation du budget sondages de l'Élysée" vers le Service d'information du gouvernement, qui dépend de Matignon et dont le budget a crû de 292% en un an.
13 commentaires | Article du 05/11/2009 à 18:00
NOTEZ CETTE NEWS
5.00 / 5 pour 0 vote
Vos commentaires